Au procès Athanor, le récit du cueilleur de champignons…

« Tout a été fait pour qu’on ne le retrouve pas »: au procès Athanor, le récit du cueilleur de champignons grâce à qui le corps du pilote Laurent Pasquali a pu être découvert

Ce jeudi 28 mai, la cour d’assises spéciale de Paris a ouvert le volet de l’assassinat du pilote de course Laurent Pasquali, commandité par une officine criminelle de la loge maçonnique Athanor. Les experts et témoins auditionnés à la barre sont revenus sur la découverte du corps dans un lieu reculé de la Haute-Loire, découvert par hasard par un promeneur.

Un corps retrouvé grâce à coup du destin. Assis, la main serrée sur le pommeau de sa canne, Jean Sauvat apparaît sur les écrans de la salle d’audience. Le retraité, passionné de cueillette aux champignons, est le premier témoin appelé à témoigner, ce jeudi 28 mai, devant la cour d’assises spéciale de Paris, sur l’assassinat du pilote de course Laurent Pasquali, dans le cadre du procès du réseau criminel Athanor.

Entendu en visioconférence, l’homme, qui a retrouvé le corps du pilote, commence son récit d’un ton assuré. Il raconte comment, un matin de septembre, il avait décidé d’aller cueillir des champignons dans un sous-bois de la Haute-Loire. Une balade qui l’aménera à faire une macabre découverte.

« C’est un chemin forestier qui est connu uniquement des bûcherons et des chasseurs de champignons », assure-t-il.

Dans le box des accusés, Daniel B. et Frédéric V., les deux frères francs-maçons soupçonnés d’avoir commandité l’assassinat du pilote, restent immobiles. Ils ne regardent pas les petits écrans sur lesquels apparaît Jean Sauvat, qui continue. Juste à côté d’eux, Sébastien L. et Dylan B., soupçonnés d’être les exécutants du contrat posé sur le pilote, regardent leurs chaussures.

« A un moment, il y a eu une grosse averse donc, pour regagner rapidement ma voiture, j’ai décidé de couper par les buissons. C’est là que je suis tombé sur un crâne humain », déclare-t-il avant d’ajouter: « La tête m’a vraiment choqué. J’ai de suite compris que c’était un corps. Il y avait un trou, mais les ossements étaient autour, des animaux ont dû les disperser ».

« Je n’aurais jamais découvert le corps si je n’avais pas coupé »

Au centre de la table des magistrats, la présidente écoute attentivement la déclaration spontanée du témoin, qui conclut sa prise de parole en indiquant avoir directement prévenu la gendarmerie une fois le corps découvert.

« Vous avez dit que le terrain où a été retrouvé le corps était difficile. Pouvez-vous expliquer pourquoi? », lui demande-t-elle.

Le retraité s’appuie sur le fond de sa chaise et réfléchit aux mots qu’il va utiliser. « C’est tout enchevêtré. Je n’aurais jamais découvert le corps si je ne l’avais pas coupé à cause des précipitations », assure Jean Sauvat.

Une fois les déclarations de Monsieur Sauvat terminées, l’avocate de la famille de la victime, Me Sandrine Pégand, prend la parole et s’adresse au promeneur: « Au nom de la famille de Laurent Pasquali, je tiens à vous remercier. Vous avez permis de retrouver le corps ».

Un endroit « vraiment compliqué à trouver »

À plusieurs reprises, Jean Sauvat souligne l’isolement des lieux. Une notion qui n’échappe pas à la cour et qui va être confirmée par le major de gendarmerie Romuald Chamont, appelé à témoigner à la barre.

Vêtu de son uniforme militaire, l’homme grisonnant à l’allure athlétique est celui qui était chargé de l’enquête lors de la découverte du corps. C’est sous son autorité que les experts réussiront à identifier et à donner un nom au squelette retrouvé au milieu des résineux du sous-bois: Laurent Pasquali.

Images à l’appui, le gendarme raconte son arrivée sur le lieu de la découverte du corps en soulignant sa difficulté d’accès. « La sépulture où ont été retrouvés les ossements est à 60 mètres de la départementale. L’endroit est vraiment très compliqué à trouver », déclare-t-il d’une voix claire.

Son récit est détaillé précis. Le major décrit le fond de la tombe dans lequel gisent des lambeaux de vêtements, un sac-poubelle, et certains des ossements de la victime.

« L’endroit laisse à penser que ceux qui ont enterré le corps ont voulu le dissimuler de sorte à ce qu’on ne le retrouve jamais. Sans le promeneur, je ne sais pas comment nous aurions pu trouver les ossements », ajoute-t-il sous les yeux impassibles de la présidente et des assesseuses.

« La végétation a été disposée volontairement »

Les images de la sépulture de fortune vont dans le sens des déclarations du gendarme. Les photos montrent une tombe d’une profondeur de 60 centimètres, méticuleusement recouverte par de la végétation et par du bois tranché. Un dispositif rendant la tombe très difficilement remarquable à l’œil nu.

« La végétation a été disposée volontairement de cette façon », indique le gendarme, sous-entendant que la mise en terre et la dissimulation avaient été pensées à l’avance.

Un détail qui n’échappe pas à l’avocat général. Drapé dans sa robe rouge, Nicolas d’Hervé se lève de sa chaise et prend la parole: « Major, la tombe est profonde de 60 centimètres, le terrain est-il facile à creuser? », interroge-t-il, les yeux fixés sur le militaire.

« Non, il y a de nombreux arbres donc il y a des racines, donc ce n’est pas évident de creuser un tel trou », répond Romuald Chamont. « De plus, accéder sur la zone avec un cadavre, ça doit être très compliqué, il y avait une vraie volonté de le faire disparaître », abonde-t-il devant une cour silencieuse avant de se retirer.

Malgré ces éclaircissements de la part des témoins, une zone d’ombre existe encore dans l’affaire Pasquali: qui de Sébastien L. ou de Dylan B. a tué le pilote? La réponse viendra peut-être en fin de semaine prochaine lors de l’audition des accusés.

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