Affaire Greg Guillotin : quand reconnaître les violences devient encore suspect.

Dans l’affaire Greg Guillotin, les aveux du mis en cause ont aussitôt été soupçonnés de relever d’une stratégie de communication. Pourtant, en matière de violences conjugales, où le déni impose souvent aux victimes un second combat, faut-il vraiment reprocher à un homme de reconnaître les violences qu’il a commises ?

Depuis des années, nous demandons – à raison – que la parole des victimes de violences conjugales soit entendue. Nous dénonçons le déni des auteurs, la minimisation des faits, l’inversion de la culpabilité.Et voilà qu’un homme reconnaît publiquement avoir été violent. Presque aussitôt, on lui reproche… de l’avoir reconnu.

Une chronologie qui compte : L’ancienne compagne de Greg Guillotin dépose plainte le 17 juin 2026 auprès du Procureur de la République d’Évry pour des violences physiques et psychologiques et des faits de harcèlement qu’elle dit avoir subis au cours de leur relation.

Elle avait 19 ans lorsqu’elle l’a rencontré. Lui en avait 33 : quatorze années les séparaient.

Cet élément a beaucoup été commenté. Il peut légitimement interroger sur l’asymétrie susceptible d’exister au sein d’un couple lorsqu’une très jeune femme, encore en construction, débute une relation avec un homme de quatorze ans son aîné.

Mais là encore, gardons-nous des automatismes : un écart d’âge ne caractérise, à lui seul, ni une emprise ni une violence. Ce sont les faits et les mécanismes de la relation qui doivent être examinés.

Le 4 septembre, l’existence de la plainte est révélée dans la presse. Le 5 septembre, Greg Guillotin prend la parole dans un communiqué de presse.

Il aurait pu nier. Il aurait pu se taire. Il aurait pu dénoncer les mensonges de son ancienne compagne ou renvoyer dos à dos deux membres d’un « couple toxique ».

Il fait autre chose.

Il reconnaît avoir exercé des violences physiques et psychologiques. Il dit avoir honte, présente ses excuses et affirme avoir entrepris un travail thérapeutique, notamment auprès d’un professionnel spécialisé dans la prise en charge des auteurs de violences conjugales.

Il réserve en revanche ses explications aux enquêteurs concernant les autres faits dénoncés.

Alors, que voulons-nous exactement ?

Immédiatement, le procès de la communication commence.

Pourquoi parler si vite ? Pourquoi rappeler qu’il a fait rire des millions de personnes ? Pourquoi prendre les devants ? N’est-ce pas une stratégie destinée à sauver sa carrière ?

Peut-être sa communication était-elle préparée. Sans doute même l’était-elle.

Mais depuis quand une stratégie de communication annule-t-elle la portée d’un aveu ?

C’est là que le débat me paraît devenir étrange.

Que voulons-nous exactement des auteurs de violences conjugales ?

Qu’ils reconnaissent leurs actes ou qu’ils les nient ?

Nous leur demandons de sortir du déni, de prendre conscience de leurs comportements, de se responsabiliser et de se soigner pour prévenir la récidive.

Mais lorsqu’un homme le fait publiquement, nous expliquons aussitôt que cela aussi serait suspect.

Niez : vous êtes dans le déni.
Avouez : vous êtes dans la stratégie.
Excusez-vous : vous cherchez à sauver votre image.
Faites-vous soigner : vous préparez votre défense.

À ce compte-là, nous créons une impasse.

Et si, pour une fois, on regardait aussi du côté de la victime ?

C’est probablement ce qui me frappe le plus dans cette affaire.

Lorsqu’une femme dénonce des violences conjugales, elle doit très souvent mener un second combat : faire reconnaître qu’elles ont existé.

Elle doit raconter, dater, produire des messages, des certificats, des témoignages.

Elle doit parfois expliquer pourquoi elle est restée. Pourquoi elle est revenue. Pourquoi elle n’a pas parlé plus tôt. Pourquoi elle a continué à aimer celui qu’elle accuse.

Et souvent, en face, elle entend : « Je n’ai jamais fait ça. »

Ici, ce n’est pas ce qui se passe.

Greg Guillotin reconnaît publiquement avoir été violent.

Cela ne répare rien. Cela n’efface rien. Cela ne préjuge évidemment pas de ce que la justice retiendra concernant l’ensemble des faits dénoncés.

Mais pour une victime, ne pas avoir à démontrer contre le déni de l’autre que les violences ont existé, ce n’est pas rien.

Le Conseil de la plaignante a d’ailleurs réagi à la prise de parole de Greg Guillotin en rappelant que, selon sa cliente, la reconnaissance des violences et la promesse de se soigner avaient déjà existé au cours de leur relation, avant que des violences ne se reproduisent.

C’est un élément important.

Parce qu’il rappelle précisément que reconnaître ne suffit pas. Les excuses ne suffisent pas.

La prise en charge ne suffit pas si elle n’empêche pas la réitération.

Mais cet élément ne conduit pas davantage à considérer que reconnaître ne vaut rien.

Reconnaître n’est pas être absous.

Je ne connais ni Greg Guillotin ni son ancienne compagne. Je ne suis l’Avocat d’aucun des deux.

Il appartiendra à la justice d’établir les faits, d’en déterminer les qualifications et d’en tirer, le cas échéant, les conséquences pénales.

Mais comme avocate pénaliste, je refuse une idée : celle selon laquelle l’aveu devrait devenir une faute supplémentaire.

Reconnaître n’est pas être absous.

S’excuser n’est pas être pardonné.

Se soigner n’efface pas les violences commises.

Et la reconnaissance publique ne remplace évidemment jamais la justice.

Mais nous ne pouvons pas réclamer depuis des années que les auteurs de violences sortent du déni et, lorsqu’un homme le fait, lui expliquer que nous aurions finalement préféré qu’il se taise.

La reconnaissance des violences ne doit jamais exonérer leur auteur de sa responsabilité. Mais elle ne devrait pas davantage devenir une circonstance à charge.

Et surtout, au milieu du procès fait à sa communication, n’oublions pas l’essentiel : pour celle qui dit avoir subi ces violences, les entendre enfin reconnues n’est peut-être pas une stratégie. C’est une réalité qui, enfin, n’est plus contestée.

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